Mon vol pour les îles Galapagos décolle à 7h10 du matin de Quito. Les îles sont situées à un peu moins de 1000km des côtes équatoriennes. En comptant une brève escale à Guayaquil, nous sommes donc censés atterrir vers 10h à Baltra, sur l’île Santa Cruz. Cependant, après une attente d’une demi-heure à Guayaquil, le capitaine nous signale qu’il va falloir changer d’avion en raison de problèmes techniques. Ça commence bien. Une heure plus tard, nous embarquons sur notre nouveau vol… tout ça pour nous annoncer après une demi-heure de plus qu’il y a à nouveau un problème technique et qu’il va falloir changer une nouvelle fois de vol. Je n’en veux pas au capitaine - je préfère ça à une avarie au-dessus du Pacifique - mais je commence à me poser des questions sur l’état des boeings équatoriens. Pire, j’ai réservé une croisière de huit jours aux îles Galapagos et, vu tout le retard qu’on accumule, je commence à me demander si je ne vais pas rater le départ.
C’est donc avec trois heures de retard qu’on atterrit finalement à Baltra. Bien qu’on soit environ sur la même latitude que Quito, il y fait nettement plus chaud vu la différence d’altitude. Et il semblerait que le guide m’ait finalement attendu, même s’il n’a pas l’air enchanté du retard de l’avion. Nous nous empressons donc prendre le bus pour atteindre Puerto Ayora, situé à l’opposé de l’île, tout au sud.
Différents types de croisières sont envisageables, les plus communes étant celles de 4, 5 ou 8 jours. Cette dernière option permet de visiter les îles Santa Cruz, Santiago, Santa Fé, Española et Floreana. Le type de bateau peut également varier énormément, du petit voilier à l’Endeavour du National Geographic, pouvant accueillir une centaine de touristes (pour la plupart des américains retraités payant 10 fois le prix d’une croisière économique). Personnellement, j’ai choisi un petit yacht pour 10 personnes maximum, le New Flamingo, ça me paraît plus convivial et surtout moins cher. J’ai de la chance, à partir de l’année prochaine, le droit d’entrée au parc va sans doute doubler et tous les petits yachts vont devoir être remplacés par des catamarans plus grands et plus coûteux. Le seul problème de notre bateau, c’est sa stabilité. Je ne suis d’habitude pas sujet au mal de mer et apprécie plutôt les sensations fortes, mais quand il faut deux à six heures sur une mer agitée et sur ce genre d’embarcation pour passer d’une île à l’autre, j’avoue que je ne me sens pas très bien. D’autres en revanche sont réellement malades. Une Israélienne (je vous avais dit qu’ils étaient partout) est même incapable d’avaler quoi que ce soit de toute la croisière. De plus, je suspecte le capitaine de prendre un malin plaisir à lever l’ancre juste après le souper, histoire de faire également profiter les poissons du repas. Pour ceux qui désirent éviter ce genre de désagrément, je conseille de partir avant Septembre pour bénéficier d’une mer plus clémente (mais de prix plus gonflés aussi).
Le paysage peut varier énormément d’une île à l’autre. Toutes les îles sont d’origine volcanique, mais certaines sont plus récentes que d’autres. Les plus anciennes offrent en général de belles plages de sable et la végétation a tendance à tout recouvrir. D’autres s’apparentent plus à un gros tas de lave solidifié et aride, où l’on peut encore observer les différents motifs formés par le refroidissement soudain de la lave au contact avec l’eau ou l’air, les éboulements d’anciennes galeries de lave, les cratères, etc.
Sur l’île Floreana, on peut laisser une carte postale dans cette boîte au lettre. On ne met pas de timbre, l’idée étant que les voyageurs passant par là choisissent une des cartes postales qui les intéressent et la remette en mains propres au destinataire (il paraît que ce système est même plus fiable que la poste officielle).

L’île Floreana a également la particularité d’être celle qui accueillit le premier habitant des îles Galapagos, en 1807: l’irlandais Patrick Watkins, soit-disant abandonné sur l’île en raison de son tempérament belliqueux. Il y vécut durant quelques années, faisant du troc avec les navires de passage. Durant cette période, ll aurait également capturé quelques esclaves noirs qui exploraient l’île (vendredi, samedi et dimanche?). Finalement, il s’emparra d’une chaloupe et pris le large avec ses compagnons. Il réussit à atteindre Guyaquil, seul et à moitié mort. Pour ce qui advint de ses compagnons, c’est laissé à l’imagination.
Les îles Galapagos, c’est également l’occasion d’observer une faune unique et variée. Une des particularités des animaux des îles est qu’ils ne craignent en général pas les humains, les plus curieux s’approchant même des touristes pour les observer de plus près. Pour les lions de mer et iguanes, on pourrait penser que c’est un comportement naturel, mais voir un oiseau se comporter de la sorte, c’est vraiment déroutant.
Le plus exotique des animaux est sans nul doute l’iguane, qu’on retrouve un peu partout sur les îles. On a d’une part l’iguane marin, sombre, relativement petit et doté d’une longue queue pour se mouvoir plus facilement dans l’eau, et d’autre part l’iguane terrestre, plus gros et plus coloré. Les premiers se nourrissent d’algues, les seconds de cactus: chaque iguane terrestre a son cactus qu’il garde jalousement et attend patiemment qu’une partie du cactus tombe à terre pour se nourrir. Le passe-temps favori du guide est de lancer une fleur de cactus à proximité de deux iguanes pour observer le conflit qui en résulte. Les iguanes ne font pas de bruit - pour communiquer, ils hochent rapidement de la tête. S’ensuit donc une succession frénétique de hochements de têtes pour tenter d’impressionner l’adversaire. D’habitude, les iguanes se déplacent rarement et très lentement, mais quand il s’agit de se mettre à l’abri avec le butin, ils peuvent déployer une étonnante énergie.
Les îles sont également un excellent endroit pour observer de près les lions de mer. D’après le guide, ils adorent jouer: il est interdit de toucher un animal, mais il suffit de nager à proximité d’un lion de mer et de faire des bulles pour l’attirer. On peut même leur lancer un morceau de bois, qu’ils s’empresseront de rattraper (mais ne pas compter sur eux pour le rapporter). On était donc tous très enthousiastes à l’idée de mettre tout ça en pratique. En réalité, les lions de mer se divisent en quatre catégories:
- Le lion de mer qui se nourrit: il chasse les poissons et n’a pas le temps de jouer. Le voir attraper et déchiqueter un poisson sous l’eau, c’est déjà pas mal.
- Le lion de mer qui se prélasse sur la plage. N’en a rien à cirer de ces humains qui tentent vainement d’attirer son attention. Ou à la limite, ça peut l’énerver - heureusement qu’il ne se déplace pas rapidement sur la terre ferme.
- Le mâle dominant qui passe son temps à nager le long de la plage pour protéger son harem. Celui qui tente de “jouer” avec lui a de bonnes chances d’être identifié comme un intrus et de se prendre une solide correction.
- La femelle avec son nouveau-né. Encore plus dangereuse que le mâle dominant si on tente de s’approcher de son petit. Le petit a peut être envie de jouer, lui, mais ce n’est vraiment pas une option.
Bref, on a l’air malin à faire des bulles sous l’eau, mais à part ça, très peu de réactions de la part des lions de mer. La réponse du guide: “Peut être y avait-il un gros requin qui leur faisait peur”. Les requins qu’on trouve à proximité des plages ne sont pas censés s’attaquer à l’homme, mais bon s’il s’en prennent aux lions de mer… et sachant qu’on nageait précisément à cet endroit…
En parlant de lion de mer et de requin, en voici un qui l’a échappé belle. Rien de tel pour rassurer les touristes.

Autre animal symbolique des îles Galapagos, la tortue géante. On peut l’observer notamment sur l’île Santa Cruz, dans le centre scientifique Charles Darwin ou en liberté dans les forêts humides de l’île. Ces monstres peuvent atteindre 400kg et vivre plus de 150 ans. C’est un des seuls animaux à craindre l’homme: quand on s’approche d’une tortue sauvage, elle se rétracte à l’intérieur de sa carapace et émet un sifflement caractéristique (un peu dans le style Dark Vador). Ce n’est pas étonnant, vu qu’elles ont été chassée durant de nombreuses années pour leur viande, au point d’approcher l’extinction. Aujourd’hui encore, il est difficile de convaincre certains locaux de l’importance de renoncer à cette pratique. De plus, une tortue pouvant survivre un nombre de jours impressionnant sans nourriture et sans eau, cela en faisait une source d’alimentation facilement conservable durant de longue périodes. Les corsaires n’hésitaient pas à les embarquer à bord de leurs navires pour cette raison.
On trouve également des tortues marines, mais elles sont plus difficiles à observer et à prendre en photo.
Sur les 13 sous-espèces de tortues géantes des Galapagos, aujourd’hui 11 subsistent, dont une qui va s’éteindre avec le dernier spécimen encore en vie. Je vous présente George, le dernier de sa sous-espèce.

Les petits trous visibles sur la carapace de cette tortue sont des impacts de balle: un paysan saoul aurait tenté de la tuer. 1-0 pour la tortue.

On trouve également une multitude d’oiseaux sur les îles, du fou à pattes bleues à l’albatros. On y retrouve quelques espèces également présentes sur l’Isla de la Plata. Je laisse à d’autres le soin de les énumérer.
A part les iguanes et lézards qui pullulent (à certains endroits, il faut presque faire attention où on met les pieds), à proximité de la mer on trouve également énormément de gros crabes rouges.
Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’observation des fonds marins en plongée libre. L’eau y est extrêmement claire, il y a énormément de poissons exotiques à voir, des requins, pingouins, tortues de mer, lions de mer, des bancs entiers de raies énormes, des étoiles de mer et j’en passe. On a presque l’impression de nager dans un aquarium. Je n’ai malheureusement pas pensé à me procurer un appareil photo amphibie, donc à part les photos prises depuis la surface sur lesquelles on devine vaguement l’ombre du requin qui passe à proximité (tiburón!), je n’ai malheureusement rien à montrer.
Pour finir, quelques séquences vidéo de scènes méritant plus qu’une simple photo:
